Réforme ferroviaire : Une remise en cause du droit à la mobilité !

 

Les cheminots sont engagés depuis plusieurs semaines dans un conflit qui les oppose au gouvernement et à leur direction dans le cadre d’une réforme du système ferroviaire menée au pas de charge. Le gouvernement multiplie les coups médiatiques et use d’éléments de langage totalement erronés pour tenter notamment d’opposer les cheminots à la population qui pour une part sensible soutien leur action de grève. Ainsi cette pseudo réforme s’articule autour de trois sujets :

L’ouverture à la concurrence des trains de voyageurs nationaux et régionaux

La transformation de l’entreprise SNCF en société par actions

L’arrêt des recrutements à statut

La destruction du service public ferroviaire : une vision autoritaire et injuste loin de répondre aux besoins des usagers.

Gouvernement et direction de la SNCF soutiennent une réforme qui soi-disant vise à répondre aux exigences

européennes d’ouverture à la concurrence de tous les trafics voyageurs. Dans les faits, cette contre-réforme augure la privatisation et livre au secteur marchand l’ensemble des activités de la SNCF. L’argument selon lequel la concurrence améliorerait le service rendu aux usagers ainsi que les prix ne résiste pas à l’épreuve des faits ; les exemples allemands et anglais notamment sont là pour le rappeler. Les aléas que subissent quotidiennement les voyageurs sont bien la conséquence des choix opérés par la direction de la SNCF et du désengagement de l’Etat ces dernières décennies, notamment, dans la rénovation du réseau. Ainsi, 2000 emplois sont supprimés chaque année alors que la fréquentation ne cesse d’augmenter. Ce sont 40 ans de sous-investissement de l’Etat dans le réseau qu’il faut rattraper en 10 ans, et enfin, l’organisation actuelle de la SNCF a ôté toute souplesse dans la production.

Un aménagement du territoire à plusieurs vitesses

Pour la CGT, la question des transports relève véritablement d’un choix de société qui doit tenir compte de ce que sont les réalités économiques, sociales et environnementales des populations. Les déplacements des salariés sont de plus en plus contraints, notamment dans les grandes agglomérations, conséquence d’une politique des transports axée vers le tout routier. Face aux contraintes budgétaires imposées par l’Etat, nombre de collectivités locales réduisent leurs investissements et in fine l’offre de transport public. Même si en Bretagne beaucoup a été fait et notamment par la Région, les collectivités ne pourront se substituer à l’Etat surtout si leurs dotations baissent. Cette politique aura des répercussions pour les territoires et notamment ruraux en Bretagne… Les ménages subissent déjà la hausse des taxes sur le carburant et beaucoup sont contraints d’habiter de plus en plus loin de leurs lieux de travail face à l’inflation des prix de l’immobilier. Comment feront ces salariés pour se déplacer s’ils n’en ont plus les moyens ?

Une maîtrise publique pour répondre aux besoins de tous les territoires

La CGT reste attachée aux choix de gestion favorisant une bonne utilisation et une maîtrise de l’argent public tenant compte d’un haut niveau social dans la réalisation de l’offre de transport public, 24H/24 et 7 jours/7. La dégradation de l’environnement, la sécurité, l’aménagement du territoire, l’accessibilité à l’offre de transport public avec leur présence mais aussi leurs tarifications sont autant d’enjeux qui nécessitent une approche différente de celle portée par le gouvernement qui s’inscrit dans une logique du chacun pour soi et qui vise à opposer les territoires entre eux, les populations entre elles et aussi les salariés.

La réforme du ferroviaire : vers un monde du chacun pour soi…

Le projet de réforme du gouvernement marque assurément une rupture avec un aménagement solidaire et équilibré du territoire. Dans sa vision technocratique, le gouvernement, appuyé par la direction de la SNCF, veut en finir avec les lignes du réseau dit secondaire ce qui in fine va augmenter le nombre de véhicule routier et surtout détériorer le cadre  de vie de nombreux territoires en Bretagne.

Dans un monde concurrentiel constitué de quelques grands groupes, c’est le marché qui fixe la norme tarifaire et les augmentations ne tarderont pas … En Europe, dans tous les pays où le ferroviaire a été soumis aux règles de la concurrence, les tarifs ont augmenté sensiblement ces dernières années. Ainsi en Angleterre, les voyageurs ont subi une hausse de 27% en 6 ans, 4 trains sur 5 sont en retards, beaucoup de matériels y sont vétustes. En Allemagne, souvent citée en exemple, depuis l’ouverture à la concurrence en 1995, la croissance du trafic voyageur a progressé de 28,6%. En France sur la même période, la progression a été de 64,4%… De plus, les allemands ont subi la fermeture de milliers de kilomètres de lignes ainsi qu’une hausse sensible des tarifs bien supérieure à l’inflation… L’autocar y a substitué de nombreux trains !

Un bilan économique, social et environnemental qui ne cesse de se dégrader en France La hausse du trafic routier depuis 3 ans génère une nouvelle hausse des émissions de gaz à effet de serre. La réforme ferroviaire ne fera qu’accentuer ce phénomène en total incohérence avec les engagements pris par la France dans l’accord de Paris. Dans notre pays, comme dans de nombreux pays d’Europe, le coût de la route est totalement éludé alors même que les nuisances générées par ce mode ne cessent d’alimenter le déclin environnemental avec des coûts sociaux, environnementaux et économiques pour les collectivités et les salariés de plus en plus importants !

La réforme proposée par le gouvernement aura comme en Allemagne les mêmes incidences : moins de trains, plus de véhicules routiers, des hausses sensibles du tarif des transports publics… Subsisterait dans ce paysage qu’une offre ferroviaire destinée principalement aux grandes métropoles reliées à grandes vitesses et quelques TER sur les axes les plus fréquentés… Cette réforme induit la relégation de pans entiers de territoire notamment ruraux qui subissent déjà depuis des décennies le démantèlement des services publics de santé, d’éducation, de transport…

Enfin le développement des usages liés au numérique nécessite une réelle prise de conscience des pouvoirs publics, car cela constitue un levier pour diminuer les déplacements des salariés. Cela nécessite des investissements importants notamment dans le déploiement de la fibre optique que les opérateurs de télécommunication refusent d’assumer. Cela repose d’ailleurs la question de la privatisation du secteur des télécommunications depuis 1997 surtout lorsque l’on sait que les actionnaires de ces entreprises se sont partagés 70 Milliards d’euros en 20 ans… cela prouve que l’argent existe pour maintenir et développer des services publics dans tous les territoires.

La CGT porte une vision tout autre de l’aménagement du territoire basé sur la solidarité et l’égalité de traitement pour un développement humain soutenable. Concernant les transports, la CGT propose :

La création d’une structure d’amortissement de la dette ferroviaire de l’Etat afin d’assurer le développement pérenne de toutes les activités ferroviaires et financer le report modal

La relance du Fret ferroviaire pour répondre à l’urgence climatique. Depuis la libéralisation de l’activité de Fret ferroviaire en 2006, le trafic routier a augmenté de 5%… De mettre en place des garanties sociales de haut niveau pour tous les salariés avec de réelles augmentations de salaire

D’associer les salariés du secteur et les représentants des usagers dans la gouvernance des transports publics. De mettre en place une fiscalité environnementale afin d’encourager les entreprises, les collectivités et l’Etat à favoriser le report modal.

D’élargir l’assiette du versement transport auquel échappent de trop nombreux secteurs économiques dont l’immobilier qui profite largement de l’offre de transport public.

De rétablir dans les transports des modes de production plus coopératifs et facilitant la complémentarité entre les différents modes de transports.

 

Imprimer cet article Télécharger cet article