Un employé moyen verse plus de taxes sur les carburants que d’impôt sur le revenu

Pour mieux comprendre le sentiment d’injustice lié à l’augmentation de la fiscalité sur les carburants, Capital.fr a calculé l’impact budgétaire de l’ensemble de ces taxes sur un profil particulièrement concerné : les employés, habitant en province, qui sont contraints d’aller travailler en voiture.

C’est l’histoire d’une double peine. Des salariés provinciaux aux revenus moyens, qui n’ont d’autre choix que d’aller travailler en voiture faute d’alternative, et qui sont aussi les premières victimes de la fiscalité écologique sur les carburants. Des milliers de Français qui se reconnaissent dans la fronde des gilets jaunes, et rêvent de voir le gouvernement renoncer à la nouvelle hausse de la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), prévue en janvier. Ces Français s’inquiètent de la fin du mois avant de penser à la fin du monde, roulent majoritairement dans des véhicules diesel et contribuent largement à la TICPE lors de leur passage à la pompe.

L’alourdissement, année après année, de cet impôt à vocation écologique a initié la révolte des gilets jaunes. Pourtant, il n’est pas lié qu’à la volonté d’Emmanuel Macron : sa montée en puissance avait déjà été entamée sous François Hollande. Et même avant cela, les taxes représentaient déjà une part non négligeable des prix à la pompe. A tel point que, selon nos calculs, un salarié aux revenus modestes, mais imposables, utilisant sa voiture pour se rendre au travail, est susceptible de dépenser davantage en taxes sur les carburants, que ce qu’il débourse au titre de l’impôt sur le revenu.

 

Pour cerner l’impact réel de la fiscalité écologique, nous avons déterminé un profil type : un salarié célibataire sans enfant qui perçoit 1.637 euros net par mois, soit des revenus correspondants au salaire moyen des employés français, en 2015, selon l’INSEE. Détenteur d’un diesel, il est obligé d’emprunter son véhicule pour ses trajets domicile-travail et parcoure 13.194 kilomètres par an, un chiffre qui correspond au kilométrage moyen des voitures particulières en France en 2017, selon les données de Statista. S’il possède un diesel classique (6,1 litres au 100 km), notre employé consomme 67 litres de gazole par mois. Nous avons ensuite mesuré ce que représentait la fiscalité écologique sur son budget mensuel.

Le dernier relevé de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), daté du vendredi 23 novembre, indique que la TICPE représente 0,732 euro/litre pour le gazole. Selon nos calculs, notre salarié qui roule au diesel a versé 49 euros au titre de la fiscalité écologique, rien qu’au mois de novembre. Sur une année entière, à niveau équivalent, ces taxes lui auront coûté 588 euros.

 

Le profil type que nous avons déterminé n’a rien d’un gros rouleur. Pourtant sa contribution à la fiscalité écologique via les taxes carburants est quasi-équivalente au montant de son impôt sur le revenu : À l’aide d’une simulation réalisée sur le site  nous avons calculé que ce dernier s’élevait à 601 euros, en 2018. Ce montant pourrait même être encore plus faible s’il était marié, ou avait des enfants. De quoi expliquer le sentiment d’injustice qu’entraîne les taxes à la pompe : contrairement à l’impôt sur le revenu, basé sur la progressivité, la TICPE frappe également tous les automobilistes. Et a donc davantage d’impact sur les plus modestes.

Et ce n’est pas fini : en janvier 2019, le gouvernement va imposer un nouveau tour de vis fiscal, qui va enchérir le litre de gazole de 6,5 centimes d’euros. À elle seule, la TICPE ainsi renforcée coûtera à notre salarié 53,4 euros par mois et et 641 euros sur l’année. Il versera alors davantage de taxes carburants que d’impôt sur le revenu, à barème inchangé. La hausse des taxes sur les carburants se poursuivra jusqu’en 2022, ultime année du quinquennat d’Emmanuel Macron. Cette année-là, notre salarié qui roule au diesel déboursera près d’un euro par litre de carburant (0,96 euro/litre) au titre de la fiscalité verte. L’addition de la TICPE deviendra encore plus salée : 64,3 euros par mois, et 771 euros sur un an. Notre employé déboursera alors 170 euros de plus en taxes carburants, qu’en impôt sur le revenu, à barème équivalent.

 

Nous avons appliqué la même mécanique pour un autre salarié, dans une situation similaire, à ceci près qu’il possède un véhicule essence et consomme 7,4 litres aux 100 km. Il lui faut 81 litres de carburant par mois pour parcourir le même kilométrage annuel. La TICPE du sans plomb grimpe moins vite que celle du gazole (+2,9 cts/litre en 2019) mais son niveau actuel s’élève déjà à 0,83 euro/litre, selon le dernier relevé de l’UFIP. Lors de son passage à la pompe, la part de TICPE versée par notre salarié est conséquente : 67,14 euros par mois et 806 euros sur un an.

En 2019, la fiscalité écologique sur l’essence lui coûtera 69,5 euros chaque mois et 834 euros sur l’année. Enfin, en 2022, il dépensera 76,5 euros par mois, soit 918 euros annuels, au seul titre de cette taxe. Un chiffre qui dépasse largement le montant que notre employé consacre à son impôt sur le revenu.

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