Pourquoi des facteurs refusent qu’on leur impose une pause déjeuner

Un salarié gréviste de la Poste prend la parole lors de la venue du secrétaire de la CGT Philippe Martinez, le 23 mars 2018 à Rennes.

le 23 mars 2018 à Rennes.

Un salarié gréviste de la Poste prend la parole lors de la venue du secrétaire de la CGT Philippe Martinez
  • Depuis 77 jours, des facteurs sont en grève à Rennes.
  • Ils refusent la nouvelle organisation du travail qui leur impose une pause déjeuner.
  • La direction assure que la réorganisation est essentielle face à la baisse de volume du courrier.
  • Les grévistes ont reçu le soutien du patron de la CGT Philippe Martinez vendredi.

 

 

Ce lundi, cela fera 77 jours qu’ils sont en grève. Pour « fêter » cela, les salariés de la Poste ont reçu un soutien de poids avec la venue du secrétaire général de la CGT Philippe Martinez vendredi. « C’est bien la preuve que notre combat est regardé partout en France », estiment les grévistes. Engagés dans un bras de fer avec leur direction, les facteurs refusent la nouvelle organisation du travail qu’on leur propose. Un nouvel emploi du temps qui prévoit une pause déjeuner… Qu’ils n’arrivent pas à avaler.

« On commence à 7h le matin. On passe 3h30 à trier le courrier avant de partir le distribuer, ce qui nous prend à peu près le même temps ». A 14h, Romain (tous les prénoms ont été modifiés) a terminé sa journée et peut profiter de son après-midi. « C’est pour ça que j’ai choisi ce job. Je commence tôt mais je sais que je suis libre après », explique le facteur qui travaille à La Poste depuis 6 ans. A ses côtés, Sylvie affiche 30 ans d’expérience. « Ce rythme de travail, c’est notre qualité de vie. Parce qu’on ne vient pas à La Poste pour le salaire ». Même avec son ancienneté, Sylvie ne dépasse pas les 1.400 euros nets par mois.

« Il faut nous adapter, sans quoi le métier de facteur va disparaître »

 

 

Engagée dans une reconversion, la direction de La Poste a proposé une nouvelle organisation. Elle prévoit d’instaurer une pause méridienne de 45 minutes à tous les facteurs afin de leur permettre de déjeuner, avant de repartir travailler. « Le volume de courriers traités baisse de 6 % chaque année. Nous avons moins de tournées et des machines qui effectuent une grande partie du tri. Il faut nous adapter, sans quoi le métier de facteur va disparaître », se défend la direction.

Un tiers des facteurs bretons a accepté

Lancée en 2014, cette nouvelle organisation a déjà été déployée sur une partie du territoire breton. Un tiers des effectifs y sont déjà passés. « Et on n’entend pas de mécontentement ni chez les salariés, ni chez nos clients », ajoute la direction. Démarré à Rennes, le conflit s’est propagé à plusieurs bureaux d’Ille-et-Vilaine et perturbe fortement la distribution du courrier. 350.000 plis sont actuellement en attente dans la capitale bretonne selon la direction. Les syndicats parlent d’un million.

 

Cette gêne causée aux usagers, les grévistes l’assument. « On se mobilise aussi pour eux, pour que le service public garde cette qualité », explique Cédric. Le jeune salarié regrette que son employeur lui demande de plus en plus de choses, sans jamais le former. « Moi j’aime mon boulot. Mais quand on me demande de faire des relevés d’identité, de vérifier les chauffe-eau ou de veiller sur les anciens, je m’interroge ».

Les grévistes espèrent maintenant que la fronde va s’étendre à toute la France. De son côté, le patron de la CGT s’est engagé à parler à la direction du groupe. En attendant, le bras de fer se poursuit.

 

 

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